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Au travers de la multiplication des mesures administratives ou judiciaires concernant les enfants, l’intervention sourcilleuse de travailleurs sociaux dans les familles constitue à proprement parler un marqueur sociologique.

A priori les pères et mères ne sont globalement pas plus maltraitants qu’ils ne l’étaient autrefois, on parle au contraire d’un retour aux valeurs familiales à la suite de la calamiteuse génération soixante-huitarde.

Par contre la société française n’est plus la même, progressivement elle est devenue une société d’irresponsables donc une société fliquée.

Cette évolution a été anticipée il y a presque deux siècle par Alexis de Tocqueville dans « De la démocratie en Amérique ». Ce sociologue avant la lettre mettait alors en garde contre les dérives en germe à l’intérieur des sociétés démocratiques. Il parlait d’un nouveau despotisme qu’il caractérisait par le repli de chacun sur son cercle familial alors que l’État prenait la responsabilité de tout le reste à la place du peuple.

L’État en ses fonctions ne s’arrêtera pourtant pas là puisque nos propres enfants nous sont devenus étrangers, éduqués par des fonctionnaires et quelquefois retirés à nos soins au nom du sacro-saint principe de précaution.

Cette dérive de la société française est plus particulièrement commune à celles de l’État Providence auprès duquel chacun est prié d’exposer comme à confesse ses difficultés et de s’en remettre à des « spécialistes » de la misère sociale. Vendu dans un « package solidaire », l’État providence a généré de nouveaux clercs et défini un certain nombre de droits créances. Des droits sanctifiés eux aussi sous l’appellation d’acquis sociaux. En réalité ces droits sont une drogue dont la société tout entière doit assurer la prise en charge au prix d’une mise sous tutelle sous forme d’un contrôle social.

Un tel dispositif en mettant à la charge de la société un certain nombre de désagréments individuels déresponsabilise pour partie celui qui est pris en charge et désensibilise celui qui paie. L’un et l’autre ne s’en remettent plus alors à leurs propres capacités mais à une forme d’assistanat considérée comme un dû.

Ce dispositif fait aussi appel au sens « citoyen » qui n’a strictement rien à voir avec la responsabilité mais relève d’un auto-flicage dans lequel, chacun est appelé à se surveiller dans ses comportements et surveiller celui des autres.

La société que l’on nous a construit se bâtit donc sur une conception particulière du principe de subsidiarité. Ce principe qui veut que nous ne considérions légitime l’intervention d’une institution étatique que lorsque nous ne sommes pas capables de résoudre nous même notre problème.

Ainsi, il suffira que notre sentiment d’irresponsabilité avec l’exacerbation de la notion de risque soit aiguillonné pour que l’Etat s’empare de pans entiers de notre vie avec notre acquiescement. Eh oui, nous ne sommes plus capables de nous occuper de quoi que ce soit sans encourir les pires risques ! Au nom d’un dévoiement du principe de subsidiarité, il nous faut donc nous en remettre à nos gardiens, eux savent et sont bienveillants, eux ne se trompent jamais.

Cette entreprise de sape dépasse les limites même de ce que Tocqueville pouvait imaginer puisque nous sommes incités à ne plus même sanctuariser notre cercle familial.

De fait, la famille, déresponsabilisée à outrance par l’intervention de l’institution scolaire, des services sociaux, voire même du planning familial, des psychologues, des magistrats et j’en passe, est niée dans sa fonction institutionnelle de base auprès de l’enfant. Elle ne saurait, en tout cas, imposer des choix contraire à ceux des institutions publiques. Il est même devenu indiqué de faire des enfants les éducateurs de leurs propres parents quitte à les dénoncer au cas où leurs « droits de l’enfant » ne seraient pas respectés.

Qui dit flicage dit nécessairement normalisation !

Aussi, si de plus en plus de parents sont séparés de leur progéniture par des juges des enfants, c’est que davantage d’enfants seraient en situation de risque et font alors l’objet de signalements pour « situation préoccupante ». La multiplication des mesures de surveillance et de placements n’est pourtant pas la conséquence d’une augmentation des maltraitances – lesquelles sont souvent mal appréhendées et quelquefois ignorées-, non elle résulte uniquement de deux catégories de parents : ceux qui ont été déresponsabilisés au-delà du simple petit rôle qui leur restait à jouer et ceux qui résistent à la normalisation.

Cette résistance entre dans le collimateur d’attaques coordonnées d’utopistes totalitaires rêvant du parachèvement du contrôle social. Ces utopistes sont ceux-là mêmes qui distillent leur idéologie lors de colloques destinés aux travailleurs sociaux et autres agents de normalisation censés inculquer la « parentalité ». Selon ce critère très particulier, les normalisateurs familiaux étiquettent « mauvais parents » la partie saine du corps social qui réagit à sa mise sous tutelle et doit accepter par la menace de perte de ses enfants de « se remettre en cause ».

Une remise en cause qui va de moins en moins de soi d’ailleurs, surtout lorsque des groupes de soutien viennent porter une parole « familialement incorrecte ». La déresponsabilisation à l’œuvre dans notre société pourrait donc bien avoir trouvé sa limite dans la résistance de ceux qui ne sont pas disposés à perdre ce qu’ils ont de plus précieux.

Un tel sursaut moral nous redonne de l’espoir en la nature humaine, Tocqueville semblait bien aussi avoir mis des limites à la déresponsabilisation de l’individu et justement nous y sommes.

Le reflux espéré ne peut être endigué quand l’Etat s’en prend à nos enfants de la façon la plus insidieuse ou la plus vile. Apolitique, de droite ou de gauche, les familles qui résistent sont celles qui ont compris qu’on ne les détruit pas pour leur bien, la drogue du conditionnement social ne pèse alors plus lourd face à l’amour de leurs enfants.

Fasse alors que ce soit dans la persécution de la famille que l’État Providence ait commis son Pearl Harbor.

Xavier PREGENTIL

Les dérives familiales de l’Etat Providence

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