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Il s’appelle Emmanuel Giboulot. Il est viticulteur et lundi prochain, 24 février, il comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Dijon comme un dangereux délinquant. Son crime : avoir refusé de traiter ses vignes avec un pesticide toxique pour la faune, et particulièrement les abeilles.

La France est le premier utilisateur de pesticides en Europe et le troisième au niveau mondial, derrière les États-Unis et le Japon. Conséquence : nos paysans sont plus que les autres atteints de leucémies, cancers du sang et de la moelle osseuse, tumeurs cérébrales et autre maladies de Parkinson, à quoi s’ajoutent, pour les femmes, les risques de fausse couche ou de grande prématurité pour leurs enfants.

Quant au raisin dont il est ici question, c’est l’un des fruits les plus gavés de produits chimiques. Bombardé d’insecticides et de pesticides en tous genres, il subit en une saison 13 traitements en moyenne.

Emmanuel Giboulot, lui, exploite dix hectares de vignes en biodynamie sur le Côte-de-Beaune et le Hautes-Côtes-de-Nuits, en Bourgogne. C’est un mode de culture qui n’autorise que les composts de substances végétales ou animales, et proscrit l’emploi d’engrais et de pesticides solubles, naturels ou non. Pour la maîtrise des ravageurs et la lutte contre les maladies de la vigne, la biodynamie met en œuvre la technique des « plantes compagnes », c’est-à-dire « des plantes qui se renforcent mutuellement par leur proximité » ; et pour lutter contre les parasites, elle fait usage de décoctions, infusions, purins et préparations diverses, également à base de plantes ou de substances minérales.

Le problème est :
1) que M. Giboulot a des méthodes d’exploitation ultra-minoritaires dans le vignoble français,
2) que la loi (Code rural) contraint tout viticulteur à traiter sa vigne si une menace est avérée dans l’environnement.

Or, en juin dernier, un arrêté préfectoral imposait le traitement de « l’ensemble des vignobles de la Côte-d’Or » par « une application unique d’un insecticide ». En cause, la cicadelle, un petit insecte transmetteur de la « flavescence dorée », maladie très contagieuse et mortelle pour la vigne, qui sévit depuis les années 1950 et que nulle « bombe chimique » n’a réussi, pour l’instant, à éradiquer.

On devine la suite : Emmanuel Giboulot a refusé de traiter sa vigne. Et s’en est expliqué : « J’ai refusé de faire ce traitement systématique dans la mesure où il n’y avait pas de foyer avéré dans le département. » « Je ne voulais pas utiliser de produits chimiques dans mes parcelles, que ma famille cultive en bio depuis 1970 », ajoute-t-il, soulignant que le Pyrevert, soit le seul insecticide autorisé en culture bio pour lutter contre la cicadelle sans risquer d’y perdre son label, n’est pas inoffensif. « Cet insecticide n’est pas sélectif : il tue non seulement la cicadelle mais aussi la faune auxiliaire nécessaire aux équilibres naturels dans le vignoble. Il détruit, par exemple, le typhlodrome, un acarien prédateur naturel des araignées rouges qui se nourrissent de la sève de la vigne », confiait le viticulteur au journal Le Monde le 27 novembre dernier. Propos confortés par l’analyse de Denis Thiéry, directeur de l’unité santé et agroécologie du vignoble à l’Institut national de la recherche agronomique, qui précisait alors : « Le Pyrevert, même s’il est d’origine naturelle, est nuisible pour l’environnement : c’est un neurotoxique qui peut affecter les insectes, mais aussi les oiseaux, les animaux et même les viticulteurs, selon les doses utilisées. »

Mais pour les autorités, l’argument est irrecevable. Le viticulteur est donc convoqué devant le tribunal lundi prochain. Il encourt jusqu’à six mois d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende.

A-t-on entendu les Verts sur cette affaire ? Madame Duflot s’est-elle arrêtée un instant de tweeter et de se photographier pour se pencher sur le cas d’Emmanuel Giboulot, ou même simplement sur le problème, beaucoup plus large, de l’abus des pesticides dans l’agriculture française ? À l’heure qu’il est, il ne semble pas.

Marie Delarue

il refuse d'empoisonner sa vigne

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