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Les commentaires sur les résultats de la votation suisse sont réjouissants. Ils apportent deux confirmations éclairantes. La première est que la plupart des pays européens ne sont plus divisés politiquement entre une gauche social-démocrate et une « droite » qui n’est plus chrétienne, ni vraiment libérale, encore moins nationale, et qui d’ailleurs n’est plus de droite, mais entre les tenants d’une oligarchie technocrate de professionnels de la politique et les vilains « populistes ». Les premiers ont deux tactiques : soit ils gouvernent ensemble, comme c’est le cas en Allemagne, en Belgique ou en Italie, soit ils alternent au pouvoir pour se partager les places dans le temps plutôt que dans l’espace. Mais les politiques qui se succèdent ne sont pas très différentes. François Barouin l’avouait : « Hollande fait la politique de Sarkozy avec moins de talent. » Quelques pays échappent encore à cette évolution : ceux qui sont en dehors de la Zone Euro et l’Espagne. La réprobation du vote populaire suisse a été générale dans le camp de la pensée unique de gauche et de droite. On s’est plu aussi à souligner la faiblesse d’un score que les sondages n’avaient pas prévu et qui a été obtenu par l’UDC, seule contre tout et tous.

Mais la seconde confirmation est plus consternante : l’Europe, coupée entre ceux qui détiennent les pouvoirs économique et politique et ceux qui les subissent s’éloigne à grands pas de la démocratie. Une fois encore, un vote populaire est critiqué, condamné et des élus n’ont pas de scrupules à brandir des menaces ou à annoncer des négociations dont ils espèrent qu’elles gommeront le contenu du vote. A l’intérieur de l’Union, les nations qui avaient eu la mauvaise idée de voter NON à un référendum sur l’Europe avaient été priées de voter à nouveau et sans se tromper cette fois ou avaient été habilement contournées par le Parlement, comme ce fut le cas en France lorsque la ratification du Traité de Lisbonne vint combler le vide créé par le refus populaire de la Constitution Européenne. Il est clair que la démocratie représentative des « sachants » s’écarte de plus en plus de la démocratie directe des citoyens. Les seconds observent que les premiers ont un curieux savoir qui ne recèle aucune compétence si on en juge aux résultats, et qu’ils sont par ailleurs dénués du moindre courage tant l’obsession de leur carrière l’emporte sur le souci du Bien Commun. Leurs votes négatifs expriment ce doute qui est devenu un rejet. Les commentaires de Mme Pécresse sont révélateurs : elle commence par évoquer les conséquences fâcheuses pour la Suisse de son vote puisque l’Union Européenne va réagir… C’est à dire punir ? Comment une élue peut-elle à ce point négliger la légitimité d’un vote populaire ? En second lieu, elle réduit celui-ci à un vote identitaire. Tiens donc ! Elle semble avoir oublié qu’elle appartenait à un gouvernement sous la présidence Sarkozy, à l’époque où celui-ci lançait le débat sur l’identité nationale et parlait de l’immigration choisie. Les Suisses viennent simplement de faire ce que le gouvernement français de l’époque n’a pas eu le courage de faire : établir des quotas en fonction des besoins pour une immigration essentiellement fondée sur le travail.

Bien sûr, la Suisse n’est pas membre de l’Union, puisque les citoyens ont également rejeté l’adhésion par référendum. Les quotas vont donc s’appliquer à tous les étrangers y compris les Européens qui représentent la moitié de l’immigration dans la Confédération. Compte tenu du marché de l’emploi suisse et de ses 3,9% de chômeurs et du fait que les quotas seront cantonaux, il s’agira donc d’adapter l’offre à la demande, afin de ne pas défavoriser les citoyens suisses, sans que cela ait des conséquences importantes notamment sur les frontaliers. Il y a deux fois plus de chômeurs en proportion chez les immigrés que chez les nationaux. 80 000 nouveaux arrivants chaque année qui en représenteraient 650 000 en France créent une pression à la baisse sur les salaires que les Suisses ont parfaitement le droit de refuser. Leur vote n’a donc rien d’irrationnel. L’opposition à ce vote des milieux économiques était aussi logique. Le fait que les premiers l’aient emporté sur les seconds n’a rien de choquant : ça s’appelle la démocratie. Ce qui est en revanche très choquant, c’est que les politiciens qui prétendent nous gouverner s’estiment encore en droit de donner des leçons alors qu’à force de dépenses inutiles, y compris celles qui assurent l’existence d’une classe politique en surnombre, à force de prélèvements obligatoires insensés, ils ont amené la France à un taux de chômage près de trois fois supérieur à celui de la Suisse, malgré le nombre record de fonctionnaires et les 600 000 travailleurs frontaliers qui trouvent chez nos voisins européens ce que la France est incapable de leur offrir. La France est le premier exportateur de travail frontalier en Europe. C’est le stigmate de la mauvaise gouvernance qui règne dans notre pays depuis des décennies. Cela devrait nous conduire à beaucoup de modestie et engendrer une fierté bien compréhensible chez les électeurs suisses qui ont donné à l’Europe une leçon de démocratie.

Christian Vanneste

L'aveu, l'Europe n'est pas démocrate !

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