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Le premier tour des élections municipales doit être commenté avec prudence. Trois tendances sont perceptibles. La première confirme en l’amplifiant le rôle compensateur des élections locales par rapport aux élections nationales. Après un an de présidence Sarkozy, la gauche avait remporté les municipales en 2008. Cette fois, le centre-droit dans l’opposition depuis deux ans prend sa revanche avec un rapport de force qui rappelle 1983. L’inefficacité du gouvernement, l’amateurisme de l’exécutif en général, l’idéologie sectaire alliée au bricolage technique devaient logiquement entraîner un tel désaveu, même si la sanction infligée au Maires pour une politique dont ils ne sont pas directement responsables peut paraître parfois injuste.

Mais une seconde tendance l’emporte sur la première. En 1983, le Front National était marginal. Il fera sa première percée lors des élections européennes de 1984 à la faveur d’un vote proportionnel. La droite et le centre de l’époque interprétèrent ce phénomène comme un signal sans grande portée dans une élection sans conséquence. Le mot d’ordre consistait à dénoncer une manipulation de la gauche destinée à diviser la droite et à la faire perdre lors de triangulaires dans les scrutins où celles-ci sont possibles au second tour. Cela dura jusqu’en 2002, avec des appels de la « droite » au vote utile et des condamnations sans appel de la gauche pour toute alliance entre la droite et son extrême. En 2002, l’apprenti-sorcier vit son sortilège se retourner contre lui avec l’élimination de son candidat à l’élection présidentielle, où les triangulaires sont impossibles. L’heure du Front Républicain était venue et certains ténors de la « droite » réglèrent leurs montres sur elle. C’était évidemment une faute puisque cela revenait à exclure du vote légitime une part grandissante des électeurs et à accréditer l’idée qu’un système UMPS était prêt à tout pour se maintenir. Les alternance nationales décevantes avec l’immobilisme chiraquien suivi de l’agitation improductive de Sarkozy, marquée par une victoire à droite suivie d’une ouverture à gauche, renforcèrent cette idée d’un système stérile de politiciens professionnels attachés à multiplier les sièges, et à les conserver en se les répartissant, sans résoudre les problèmes d’une France vouée dans tous les domaines au déclin. Le Front National cessait d’être la tare du balancier pour devenir la seule véritable alternative. Pour la première fois, sans doute, il obtient en 2014 des résultats nationaux qui ont cette signification. Une élection au premier tour à Hénin-Beaumont, dans une ville ouvrière où se sont concentrées l’irresponsabilité et la corruption socialistes face à l’absence de réaction de la « droite », est une chance donnée au Front National de passer du statut de vecteur du mécontentement à celui de parti de gouvernement. Le Front National sera également en tête pour affronter le second tour dans une dizaine de communes. Dans beaucoup d’autres, il se contentera de faire élire des Conseillers qui renforceront son développement de parti comme les autres. Il aura à affronter deux difficultés : d’abord, ne pas décevoir les électeurs et être capable de s’enraciner, comme Jacques Bompard fut le seul à le faire en 1995, mais en quittant le parti. En second lieu, ne pas trop ressembler aux autres pour ne pas sombrer dans le système qui vampirise notre pays depuis le début des années 80.

La troisième signification du scrutin d’hier est à la fois plus discrète et plus profonde. Les vedettes du show politique l’emportent. De Bègles à Forbach, de Mamère à Philippot, en passant par la brillante réélection au premier tour des grands féodaux de l’UMP et de l’UDI, et par la remise en selle de Bayrou, on observe l’importance de la couverture médiatique nationale pour les élections locales. De ce point de vue, l’excellent résultat de Robert Ménard à Béziers aura un prolongement qui devra être étudié avec intérêt. Avec près de quinze points d’avance sur l’équipe sortante UMP de Béziers, le candidat sans étiquette, mais soutenu par le FN et par le RPF que je préside, traduit en chiffres une silhouette idéale. Certes, c’est une vedette médiatique qui pourra valoriser Béziers, mais c’est doublement un enfant du pays, qui a passé sa jeunesse dans cette ville avec beaucoup de Pieds-noirs comme lui. Ce sera un élu de dimension nationale qui a promis de privilégier le local et le changement par rapport à un système vermoulu. C’est dans cette offre que je vois la chance d’un renouveau pour le pays : avoir pour priorité le Bien Commun de la communauté de destin que l’on conduit plutôt que la carrière au sein d’un parti, et se révéler capable de débloquer par des réformes courageuses la situation qui conduit notre pays en bloc et en détail vers le déclin.

Christian Vanneste

Les municipales ou le balancier compromis

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