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Que François Hollande ne soit pas l’homme qu’il faut où il faut est une évidence. Mais il n’est pas là par hasard. L’ancien Premier secrétaire du PS n’est pas fait pour être Président de la République, c’est entendu, mais c’est un homme de pouvoir, peut-être plus habile à agir dans les coulisses et à jongler au milieu des arcanes politiciennes qu’à représenter et diriger la France. Le voici donc en train d’exploiter le marasme de la gauche et du parti socialiste en particulier. En touchant le fond après le naufrage municipal, il saisit l’occasion de rebondir par une manœuvre qui révèle d’ailleurs la réalité du pouvoir dans notre pays.

Le pouvoir se compose d’une apparence et de trois réalités. Constitutionnellement, dans la Ve République, le pouvoir, c’est d’abord l’exécutif, avec le Chef de l’État, élu du suffrage universel, et à peu près délivré de la cohabitation par le quinquennat, mais surtout avec le Gouvernement, à l’origine de la plupart des lois, et qui en assure l’application, ainsi que la conduite des affaires du pays, au quotidien. C’est une illusion.

L’heure est à sauver la France, et en passant, le soldat PS. Dans le rôle du jeune premier sauveur, un Espagnol au regard fier et au discours volontaire, Manuel Valls joue à merveille. La réunion bimensuelle de l’ensemble des Ministres et Secrétaires d’Etat sous sa présidence aura pour but de mieux répéter les séquences et d’éviter les couacs. Le premier vrai pouvoir derrière le spectacle gouvernemental, c’est celui des critiques, c’est-à-dire des médias.

Mais un jeu de chaises musicales révèle les deux autres. Le lamentable Harlem Désir qui assumait son rôle de disque rayé de SOS racisme à la tête du PS est éjecté. Il devient secrétaire d’État aux Affaires européennes. Cette étonnante récompense d’un échec désastreux et d’une incompétence notoire est riche d’enseignements. N’importe qui peut être ministre, et les Affaires européennes sont secondaires. Il a pantouflé comme la plupart des députés français au Parlement Européen, c’est bien suffisant.

En revanche, Jean-Pierre Jouyet qui occupa ce poste sous Sarkozy, devient Grand Vizir, Secrétaire général de l’Elysée. C’est un haut-fonctionnaire, ami de François Hollande, depuis qu’ils ont été ensemble de la promotion Voltaire à l’ENA, et tout aussi social-démocrate que lui. Courtois, pondéré, compétent, il offre au Président, par son parcours, de Bruxelles jusqu’à la Caisse des Dépôts, un savoir-faire technique qui, à travers ses antennes dans tous les ministères, lui permettra d’être le véritable pilote du navire. Le second vrai pouvoir, c’est celui de la technocratie, une technocratie en phase avec la pensée unique qui règne à Bruxelles.

Enfin, il y a le pouvoir par lequel, aux antipodes de ce que voulait le Général de Gaulle, tous les Présidents sont entrés à l’Elysée depuis Mitterrand : le Parti. Le parti, à gauche comme à droite, ce ne sont pas les militants, la claque pour applaudir, le tiroir-caisse lorsque l’argent des contribuables ne suffit pas. Le parti, c’est l’appareil, ses apparatchiks et ses barons, les mêmes quelques années après, lorsqu’ils n’ont pas confondu les affaires publiques avec les affaires tout court. C’est par lui qu’on garde ou qu’on prend le pouvoir : Balladur ne l’avait pas compris. Sarkozy a su en tirer la leçon.

Le départ de l’image symbolique du métissage du sommet du PS et l’arrivée de Cambadélis, qui devra éviter les paroles à contre-temps et redonner du sérieux à un parti qui a perdu de sa crédibilité, verrouillent le troisième pouvoir. Venu de l’extrême-gauche, Cambadélis, adversaire acharné du Front National, était proche de Strauss-Kahn. Capable de faire oublier des condamnations qui ne portaient ni sur ses moeurs ni sur ses propos, il jouit d’une faculté d’adaptation remarquable. Il est vrai qu’on survit davantage en politique après des affaires douteuses qu’après avoir usé de sa liberté d’expression. J’en sais quelque chose.

Les élections européennes ne changeront rien, quel qu’en soit le résultat, tant elles comptent peu. Valls en vitrine, la boutique rénovée a un an pour retrouver sa clientèle aux prochaines régionales.

Christian Vanneste

François Hollande n’est pas là par hasard

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