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L’enfer de la pensée unique a son cerbère à trois têtes. Une fois mort, l’esprit libre passe le Styx du politiquement correct. Il est condamné à n’en plus sortir. Les dieux des médias, grands ennemis proclamés de l’exclusion, l’excluent pourtant du monde des vivants fréquentables. Il sentira le souffre et quoiqu’il dise ou fasse, sera banni, ostracisé, stigmatisé. Comme disait Saint–Just, le si mal nommé, « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Cette formule tranchante comme la guillotine est le postulat des totalitaires. La liberté ne se divise pas et lorsqu’on veut éteindre celle de Robert Ménard, le fondateur de « Reporters sans frontières », on avoue à la face du monde son sectarisme et sa mauvaise foi.

Mais le chien de garde de l’enfer veille à n’en pas laisser sortir les sulfureux personnages qu’on y a fait entrer. Chacune de ses gueules va aboyer et mordre pour décourager les évasions ou repousser les visiteurs compatissants. La moins dangereuse s’appelle politique. Elle fait son travail de gueule politique, avec son front républicain, son cordon sanitaire, ses heures sombres de l’histoire, pour que les professionnels restent entre soi dans le monde des vivants, à l’abri des revenants encombrants, ces témoins des erreurs et des échecs, des affaires et des coups tordus.

La seconde est plus pernicieuse. Elle dissimule ses dents acérées sous l’apparence de la société civile, du monde associatif et culturel, des réseaux qui entretiennent le terrorisme intellectuel. Pourquoi des professionnels ou des amateurs, à la tête de festivals culturels ou de clubs sportifs, d’organismes humanitaires ou soucieux de l’environnement, d’associations de défense des Droits de l’Homme en général ou par communautés, s’en prendraient-ils à une personne ou à un parti, si leur résistance, drapée d’indignation, n’était pas fondée ? Le but est de discréditer, de mettre au ban, de rendre illégitime dans l’opinion ce que les institutions ont légitimé. Ainsi, M. PY annonce-t-il le départ du Festival d’Avignon en cas de victoire du Front National. Ainsi, le Président du club de rugby de Toulon, Mourad Boudjellal, annule-t-il la rencontre amicale avec l’équipe de Béziers. Le premier n’est nullement propriétaire de l’institution rayonnante fondée par Jean Vilar au lendemain de la guerre. De quel droit aurait-il puni Avignon pour avoir mal voté ? Comment un « cultureux » peut-il s’approprier la pensée unique et devenir censeur ? Le second a-t-il interrogé ses joueurs, ses supporters, le public de l’ovalie biterroise ? Là aussi, un homme s’arroge le droit de sanctionner un vote, l’expression de la démocratie. Campé sur ses préjugés étroits qu’il prend pour des principes, il joue son rôle de chien de garde pour tuer la liberté de penser et de voter. Le monde de la culture (et son excroissance du show-bizz, davantage encore dépourvue de légitimité), devrait être le domaine de la liberté sans frontière. Je pensais qu’il l’était parfois en écoutant récemment Fabrice Luchini dire du Céline au Théâtre Antoine. Mais il se retranche souvent dans la transgression facile et provocante pour mieux s’octroyer le privilège de censurer la véritable liberté de pensée.

La troisième tête est coiffée d’un mortier de magistrat : elle réprime dans notre prétendu pays des Droits de l’Homme ceux qui ont le courage de penser différemment. La différence est érigée en supériorité à coups de discrimination positive mais pas la différence de pensée surtout lorsqu’elle s’avise de penser la différence. Des lois liberticides sont des faux entre les mains des magistrats coupeurs de tête, des héritiers de l’inquisition, de Fouquier-Tinville, et des tribunaux populaires. Dieu merci, ils ne sont pas tous érecteurs d’un mur des cons. Mais l’hérésie ou le déviationnisme, le crime-pensée d’Orwell sont inscrits dans la loi et véhiculés par la presse bien au-delà de la loi par l’amalgame de l’anathème : on crie front national, extrême-droite, racisme, antisémitisme, homophobie et les bûchers s’allument livrant aux flammes de l’enfer bien au-delà des textes et du simple bon sens. L’intention se veut noble et péremptoire. Il s’agit d’étouffer la bête immonde dans le ventre toujours fécond de sa mère. Mais comme il n’y a pas le moindre rapport entre les « sorcières » d’aujourd’hui et la bête évoquée, l’accusateur apparaît dans sa vérité toute nue et pas très belle à voir : un militant sectaire, mu par de minables et simplistes calculs politiques, qui rabougrit la vie sociale et culturelle pour diviser et discriminer les citoyens sur des questions où le dialogue est vital pour la démocratie.

Christian Vanneste

Les chiens de garde de la diabolisation

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