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La révolte gronde dans les armées

Alors que les citoyens sont accaparés par leurs difficultés quotidiennes liées à la situation économique, et que le monde politique, lui, semble – c’est ahurissant – déjà plongé dans la préparation de la prochaine élection, un gros orage se prépare.

La Grande Muette est, en effet, aujourd’hui, à son corps défendant car ce n’est pas dans sa culture, acculée à pousser un grand coup de gueule.

Nos forces armées n’en peuvent plus, depuis qu’avec la fin de la guerre froide, nos responsables politiques, manquant de vision à long terme, ont considéré qu’il était temps d’engranger les dividendes de la paix, démontrant ainsi qu’ils n’avaient rien compris à la conduite des affaires dans un monde régi par les rapports de force.

« Si vis pacem, para bellum. » C’est parce que l’État consent un effort pour disposer d’une défense efficace que la nation peut vivre en paix avec tous les bienfaits qui en découlent.

Car les menaces n’ont pas disparu, bien au contraire. Et, paradoxalement, nos forces ar­mées n’ont, depuis 25 ans, jamais été aussi lourdement engagées à l’extérieur. Pourtant, elles sont confrontées à une baisse drastique et continue de leurs budgets. Et cette baisse affaiblit dangereusement notre outil militaire et met en péril la sécurité de la France.

C’est ainsi que, depuis 25 ans, l’armée de terre a perdu plus des deux tiers de ses effectifs, l’armée de l’air plus de la moitié de ses avions et la marine opère avec un porte-avions indisponible au moins dix-huit mois tous les sept ans.

Déjà, avec le Livre Blanc de 2008, un lourd tribut était imposé à nos armées avec, notamment, une réduction de 54 000 hommes à réaliser entre 2009 et 2014. On pouvait penser qu’un arrêt serait alors décidé dans le démantèlement de notre outil militaire après cette sérieuse saignée. C’était mal connaître l’inconséquence de nos res­ponsables politiques qui considèrent les budgets de la Dé­fense comme une variable d’ajustement.

Finalement, sur le seul plan des effectifs, en dix ans, c’est 80 000 hommes que les armées auront perdus. Ce n’est plus une saignée, c’est une hémorragie insupportable qui pourrait con­duire à une réaction dont nul ne peut prédire, à ce stade, la nature. Une chose est certaine : l’orage gronde.

Selon nos autorités politiques, les nouvelles déflations d’effectifs n’entraîneraient pas une diminution de nos capacités. On croit rêver devant un tel déni de la réalité. Et ce déni révèle une méconnaissance totale du fonctionnement d’une force armée au combat. Nos camarades de l’armée de terre sont certainement les plus touchés car, manquant d’un minimum de culture militaire, nos élites politiques les considèrent comme des pions peu spécialisés et donc interchangeables sur le terrain en fonction des besoins, ce qui est complètement faux.

Nos forces armées n’en peuvent plus de s’entendre dire que la Défense doit participer à l’effort budgétaire actuel. Faut-il rappeler que la part du PIB consacrée à la Défense est passée, en 30 ans, de 3 % à moins de 1,5 % ? En revanche, des milliards sont gaspillés, chaque année, par ex­emple pour couvrir des dépenses de toutes sortes causées par une immigration extra-européenne incontrôlée ou par l’Éducation nationale incapable de remplir sa mission.

Face à ces gaspillages irresponsables comparés au démantèlement suicidaire de notre outil militaire, les langues se délient aujourd’hui pour dénoncer le comportement des hommes politiques.

Sous quelle forme se produira ce grand coup de gueule de la Gran­de Muette qui semble désormais inévitable ? Démissions ? Mani­festations ? Désobéissance ?

Jusqu’à ce jour, les gouvernements étaient sereins quant à la gouvernance des armées ; il se pourrait, si les chefs militaires soucieux de l’intérêt général, refusent de nouvelles restrictions, que ce scénario idyllique ne soit plus d’actualité.

Antoine MARTINEZ

Général (2S) Président de l' Association des Officiers de Réserve

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