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Hommage de Christian Vanneste à C. Pasqua

Le nom de Charles Pasqua est indissociable du gaullisme. Il en a été durant sa vie la borne témoin, fidèle à des convictions profondes, ancrées dans le bon sens, tandis que le terrain marécageux des politiciens glissait autour de lui. Lorsque je relis le livre qu’il m’avait dédicacé en 1985, dont le titre reprenait une expression du Général, « L’Ardeur Nouvelle », je retrouve l’idée qui est au coeur du gaullisme, l’idée du renouveau perpétuel de la France. Certes cette exigence implique d’être lucide sur notre pays et sur le monde qui l’entoure pour faire en sorte qu’il ne soit pas en retard d’une guerre, comme il l’avait été en 1940, mais elle ne consiste pas à dissoudre l’identité nationale et les valeurs qui lui sont inséparables dans l’eau trouble de la modernité. C’est toute la différence entre le réalisme d’un Pasqua et le pragmatisme auquel Sarkozy a voulu réduire le gaullisme en le privant de tout contenu. Le chapitre consacré à « l’identité nationale » commence par une phrase qui résume bien la vie de Charles Pasqua : « Défendre la France : excellent programme. Encore faut-il qu’il reste, dans un avenir plus ou moins lointain, quelque chose à défendre. » La France n’est pas « pluri-ethnique » ou « multi-culturelle ». Elle appartient à cette civilisation chrétienne qui a « modelé, qu’on le veuille ou non, l’esprit et les moeurs des pays d’Europe ». Et Charles Pasqua dénonçait un rapport qui préconisait déjà de mettre l’accent sur l’étude des pays d’origine des migrants scolarisés et sur leur langue maternelle. Il s’inquiétait aussi du risque démographique, celui d’un remplacement de population contenu dans une politique aveugle de l’immigration. C’est pourquoi il s’opposait aussi avec vigueur à l’avortement, un « assassinat », disait-il. C’est la raison pour laquelle il réclamait en outre une politique familiale forte, fondée notamment sur un salaire familial versé aux mères françaises, telle que l’expérimentait le Maire de Paris, à l’époque, un certain Jacques Chirac. La « préférence nationale » était une évidence pour le RPR d’alors. Le futur Ministre de l’Intérieur qui voulut par la suite terroriser les terroristes condamnait sans réserve la politique laxiste menée à la Justice par Badinter, aux côtés de Mitterrand, multipliant les grâces, les amnisties, les sorties de prison, faute d’avoir la volonté d’en construire suffisamment pour le pays. Il rappelait ce qui doit être le credo de la droite dans ce domaine, la croyance dans la liberté responsable de la personne humaine.

Sur tous ces points, Charles Pasqua n’a pas changé. Mais la plupart des « républicains » qui lui rendent hommage aujourd’hui se sont soumis à la mode et ont renoncé à ces idées. Récemment interrogé par Pujadas, Alain Juppé ne reconnaissait plus les propositions faites par le Rpr lors des Etats généraux de l’immigration, organisés au début des années 1990 par Madelin et Sarkozy. Fermeture des frontières, suspension de l’immigration, prestations sociales réservées aux nationaux, incompatibilité de l’islam avec les valeurs de la République, telles étaient les conclusions tirées. Pujadas rappelle avec perfidie qu’elles ressemblent aux propositions du Front National aujourd’hui. Et Juppé, avouant qu’il ne les partage plus, invoque la discipline pour justifier son adhésion de l’époque. « J’étais membre du RPR » concède-t-il. Il en était le secrétaire général, le patron, après Chirac ! Le glissement s’est notamment opéré sur l’Europe dont les « gaullistes », après avoir fustigé le « parti de l’étranger », sont devenus de fervents partisans. Pasqua et Seguin ont gardé le cap et ont bien failli épargner à la France la dérive de Maastricht dont on mesure aujourd’hui les conséquences notamment pour la perte de la souveraineté populaire et donc pour le recul de la démocratie.

La volonté de Charles Pasqua de ne pas être un penseur, mais un homme d’action, fait penser à ce que Péguy disait du kantisme: « il a les mains pures, mais il n’a pas de mains ». Pasqua avait des mains qu’il n’hésitait pas à mettre dans le cambouis. Cet aspect de sa personne, et un sens théâtral de l’humour, ne lui donnaient pas l’image respectable du commandeur, mais suscitaient la critique chez les uns et la sympathie chez les autres. En ce qui me concerne, je garde de lui le souvenir d’une anecdote : c’est dans le nord, au sein de ce qu’il appelait le « Triangle des Bermudes » (Lille-Roubaix-Tourcoing). Il décoche une des vannes dont il avait le secret. Cela me réjouit au point de tomber de la tribune avec ma chaise. D’en-bas, j’entends, avec l’accent bien appuyé, un sonore « et il en tombe de l’estrade » qui redouble la joie de l’assistance. Merci à Charles Pasqua pour cette chaleur communicative animée par une ferveur jamais démentie au service de la France.

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