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Le 14 novembre 2015, à la suite des attentats terroristes qui ont entraîné la mort de 130 personnes à Paris, le gouvernement a décrété l'état d'urgence sur le territoire français, toujours en vigueur aujourd'hui. Se fondant sur l'article 8 de la loi du 3 avril 1955, le ministre de l'Intérieur a adressé aux préfets une circulaire leur demandant d'interdire «à titre général ou particulier, toute réunion ou manifestation de nature à provoquer ou à entretenir le désordre […]»

Nous assistons en ce moment à une généralisation du chaos sur le territoire français en parfaite contradiction avec les fondements de l'état d'urgence. L'occupation de la place de la République par «la nuit Debout» dure depuis près d'un mois. Chaque nuit, des centaines d'individus de tous horizons se réunissent en parfaite illégalité: syndicalistes en lutte contre la réforme du travail, militants anarchistes, casseurs gauchistes, bobos parisiens… Ils ont créé une sorte d'enclave de non droit, comme en territoire conquis, se permettant d'interdire par la force le passage de certaines personnes comme Alain Finkielkraut. Ils violent ainsi allègrement la liberté d'aller et venir qui est l'un des principes fondamentaux de la République. Quant au bout de plusieurs semaines, le pouvoir se décide - enfin - à essayer de faire respecter les principes de la République et la loi et, ils se déchaînent et s'en prennent avec une violence inouïe aux forces de l'ordre.

D'ailleurs, le climat d'anarchie et de chaos se répand dans tous le pays. Les dernières manifestations contre la loi réformant le droit du travail, le 28 avril à Paris comme en province, ont fait vingt-quatre blessés parmi les forces de l'ordre, dont trois grièvement. Des troubles se produisent un peu partout dans les cités de banlieue, ignorés par les médias: pillages, violentes bagarres, incendies de véhicules, dégradations, agressions courantes contre les forces de l'ordre: dans les secteurs sensibles de la région parisienne, chaque année, un policier sur dix est blessé.

D'où vient cette faillite de l'Etat de droit, cette situation de chaos qui se répand insidieusement ? Elle est due principalement à l'effondrement de l'autorité politique.

La dégradation de l'autorité de l'Etat est un phénomène qui ne cesse de s'aggraver. Le 28 août 2015, une poignée de gens du voyage ont bloqué pendant des heures l'autoroute A1, grand axe européen, sans intervention des forces de l'ordre. Dans le Calaisis, une gigantesque zone de non-droit s'est développée, notamment depuis 2012, occupée par des milliers migrants en situation irrégulière - auxquels il est en principe interdit de séjourner sur le territoire français - dans la plus parfaite impunité sinon la complaisance des pouvoirs publics qui ont mis en place des infrastructures d'accueil en leur faveur. A Paris, des groupes de migrants illégaux occupent des portions de voie publique ainsi que des bâtiments, lycées désaffectés, dans la plus totale indifférence des forces de l'ordre. Dans la région nantaise, l'Etat ne cesse de reculer face à des manifestants qui refusent la construction d'un aéroport.

D'où vient cette faillite de l'Etat de droit, cette situation de chaos qui se répand insidieusement? Elle est due principalement à l'effondrement de l'autorité politique. Tout donne à penser que la France n'est plus gouvernée: un chef de l'Etat qui bat tous les records historiques d'impopularité, obnubilé par sa réélection, un Premier ministre dont la logorrhée narcissique semble étouffer toute velléité d'action ou de décision, des ministres imbus d'eux-mêmes, obsédés par leur carrière, des individus à l'ego démesuré qui se déchirent par médias interposés plutôt que travailler pour l'intérêt général. Les coups de menton sans lendemain, à l'image du débat sur la déchéance de la nationalité - quatre mois de polémiques inutiles - ne suffisent pas à masquer cet effondrement de l'autorité politique. Le pouvoir est entré dans une logique de dérobade. Aujourd'hui, chaos politique et chaos social s'entraînent mutuellement plongeant la France dans une spirale infernale.

Les institutions de la République sont elle aussi en cause. Dans une démocratie parlementaire, un pouvoir ayant perdu la confiance du peuple et ayant renoncé à gouverner au profit d'une fuite dans la posture individuelle et la communication, devrait être sanctionné. Or, plus la société se désagrège dans la violence et l'anarchie, et plus les dirigeants paraissent s'agripper à leurs fonctions et à leurs mandats dans l'obsession d'en profiter le plus longtemps possible. La France peut-elle attendre un an dans ces conditions? On est en droit d'en douter. Il faudrait surtout que les candidats à l'alternance de 2017 se prononcent sur leurs propositions destinées à restaurer un gouvernement digne de ce nom en France.

Alexis Théas - Juriste

Etat d'urgence...

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